Test signé
Test détaillé réalisé par Vincent Busquet (Alpyr). Un grand merci à Vincent pour ce retour complet, technique et nuancé sur la nouvelle UP TORRE, première deux lignes catégorie C de la marque.
UP TORRE S (65-85 kg) essayée à 81 kg de PTV avec sellette classique Skywalk Cruise. Avant l’offensive d’arrière-garde en mai de l’hiver 2026, j’ai pu profiter de quelques créneaux instables pour essayer la toute nouvelle 2 lignes catégorie C de la marque UP.
Après l’essai l’an dernier de la très réjouissante mais très vitaminée Trango X de la même marque mais en 2,5 lignes, je me demandais à quoi m’attendre avec cette conception radicalement différente.
La Torre est livrée dans son sac de pliage qui présente de manière bizarre au premier abord mais qui se révèle très pratique à l’usage. Ceci est un peu à l’image de cette Torre, qui ne crée pas d’effet « Wahou » immédiat mais qui révèle ses indéniables qualités au fil des vols.

Construction et finitions

La voilerie est simple, sans sophistication inutile, avec un Sharknose peu marqué et bien ouvert. On s’aperçoit cependant que les diagonales sont bien travaillées, à la fois légères et partiellement renforcées. Les joncs prennent toute la corde pour « tenir » tout le profil. Je n’ai pas vu d’ouverture en bout d’aile pour vider les stabilos, c’est un peu dommage.
Le suspentage a été particulièrement soigné pour éliminer le plus de traînée possible. Il est distribué simplement, ce qui le rend particulièrement clair à démêler ; voilà une source de stress en moins sur les décollages. La suspente du A externe est montée conjointement à celle du stabilo, sur un mini-maillon très léger qui coulisse sur une drisse Dyneema reliant A et B.
Ce montage fonctionne très bien et a l’avantage de la simplicité et du poids par rapport à un même montage sur poulie qui s’emberlificote trop facilement lors de la préparation. Et ce montage flottant est destiné à accélérer moins fort le bout d’aile que le centre, donnant une incidence proportionnellement supérieure lors des accélérations et permettant de passer la turbulence avec plus de marge. La suspente de stabilo est repérée par une gaine partielle de couleur orange vif, ce qui est aussi un très bon point.

Les suspentes basses des A sont en polyéthylène (nom commercial Dyneema) coloré, ce qui permet de faire très fin, très solide et très résistant au vieillissement. Toutes les variations dimensionnelles dans le temps ont été anticipées par un montage avec boucles supplémentaires sur les maillons. Les futurs calages, assez simples sur la plupart des 2 lignes, ne devraient pas poser de problèmes.
Les élévateurs m’ont particulièrement plu : très simples et très clairs. Là où certaines marques jouent le luxe et les artifices de sophistication pour valoriser le chaland, ici c’est la praticité dans la qualité qui prévaut : sangle fine et raide, poulies d’accélérateur sur roulements, clarté et facilité naturelle de prise en main. Je regrette seulement la barre de préhension des arrières, à l’empreinte des doigts préformée, très confortable à l’utilisation mais qui accroche facilement les suspentes lors de la préparation ; à surveiller.

Décollage

J’ai pu décoller la Torre vent nul et aussi dans 10/15 de brise. Comme avec toutes les voiles à allongement important, on prendra la précaution de bien tirer le centre de l’aile avant le gonflage. Élévateurs A en main, que ce soit en dos-voile ou face à la voile, le profil se remplit vite et ça monte en bloc avec une présence immédiate et de manière franche.
Pour autant, pas d’accélération exponentielle ni de shoot d’un autre monde, c’est régulier et le besoin de contrôle reste faible. Et dès qu’on lui donne de la vitesse la voile prend fortement en charge avec une sensation de puissance dès le décollage.
En vol
Les sensations principales arrivent immédiatement : c’est un bloc / la garde à la commande est courte, 5 cm, et ça entre en action dès la position haute.
Les commandes sont très raides. Voilà donc un caractère bien marqué.
J’apprécie vraiment de ne pas avoir à faire un tour de frein pour le pilotage en thermique. Trop de 2 lignes imposent des tours pour piloter en position ergonomique. Ici ce n’est pas le cas, ça fonctionne de manière simple et évidente. J’apprécie moins cependant la fermeté importante des freins et mes tendinites me rappellent rapidement à leur bon souvenir.
On remarque assez vite un certain calme qui passe par de l’amortissement. On a de suite une sensation d’amortissement du roulis, qui se confirmera au fil des vols. La voile répond bien à la sellette mais on pourra ouvrir sa ventrale de 2 cm par rapport à son habitude car les mouvements de roulis sont freinés dès les faibles amplitudes. La relance du virage est progressive et on ne se mettra pas sur la tranche involontairement.
Le ressenti monobloc est surprenant et véritablement frappant : c’est le parapente le plus raide que j’ai essayé ! Rien ne bouge, rien ne frétille, tout marche en cohésion totale, il n’y a absolument aucune déformation.
Cela conjugué à un amortissement général qui freine tous les mouvements provoqués par l’aérologie, compose un engin bien posé dans la masse d’air et qui donne une sensation d’accessibilité, aussi bien bras hauts qu’accéléré.
Dans les entrées et sorties de thermiques turbulentes, je me suis surpris à réfléchir à mes sensations avec celles données par les B sport. La Torre est à peine un cran au-dessus en ressenti de ce type de turbulence et c’est la même chose pour l’allongement supplémentaire, on le ressent à peine plus que sous une B haut de gamme. À mon avis c’est une excellente voile pour ceux qui veulent entrer en deux lignes en montant de catégorie, sans franchir une marche trop importante en comportements. Il y a même des B « + » qui sont plus radicales à la fois en réponse à la commande et en ressenti…
L’accélérateur et les arrières
L’accélérateur se montre assez physique mais le premier barreau, si vous le réglez court, délivre immédiatement de 8 à 10 km/h de plus. Et ça ne coûte pas grand-chose en termes de taux de chute, 0,2 supplémentaires m’a-t-il semblé. On navigue donc avec la même finesse que bras hauts, mais plus vite et dans un confort remarquable par rapport à de la turbulence raisonnable.
J’ai trouvé que ce régime de vol est un gros point fort : les sensations sont absolument les mêmes que bras hauts, la tension de voile est exactement la même et l’amortissement reste identique. Avoir une voile qui reste similaire et cohérente sur la plage de vitesse, sans demander d’adaptation particulière, est vraiment intéressant pour la sérénité du pilote.
Autre point fort, pour le moment dans cette catégorie c’est l’utilisation des arrières que j’ai préférée. Ils sont à la fois rassurants dans leur tension mais leur maniement est souple, pas trop raide, pas trop dur. J’imagine que la barre dédiée très ergonomique, et un peu décriée à la préparation, aide à ce bon ressenti et au maniement précis.
Descendre et poser
Si besoin d’une descente en 360 très efficace, il vaudra mieux la lancer de manière très décidée pour vaincre d’entrée de jeu l’amortissement en roulis. Une entrée progressive cale la voile sur un roulis faible et il faut pas mal s’impliquer pour arriver à en rajouter. La sortie dissipée est d’une facilité désarmante.
Malgré les plafonds bas j’ai quand même trouvé la possibilité de faire les oreilles. La Torre est prévue pour ça : on attrape le mini-maillon externe qui réunit le dernier A et la suspente de stabilo et on ferme deux oreilles de taille moyenne qui ne flappent pas. Bon point, la voile ne cherche pas à s’échapper en lacet comme le font trop souvent les ailes perfo dont on modifie la voûte. Lorsqu’on les relâche, les oreilles se rouvrent doucement partiellement. Il suffit d’en finir une par un appui franc au frein pour que l’autre se rouvre aussi dans la foulée.
Et au posé, la Torre se révèle tout aussi pratique : ses débattements et prises de roulis très contrôlables n’entraînent pas de survitesses en virage qui perturbent les trajectoires. Avec un peu d’attention on peut facilement étouffer sa performance pour poser facilement sur les terrains qui déclenchent.
Au final
J’ai aimé cette voile qui n’est pas dans la séduction immédiate. Bien que ce ne soit pas mon style, j’ai aimé son ensemble de qualités très sérieuses qui ne font pas dans l’esbroufe.
Elle devrait se trouver un public, auprès de ceux qui veulent continuer à progresser de manière raisonnable et aussi auprès des pilotes qui n’achètent pas un parapente en tant qu’objet statutaire mais juste pour voler performant, simplement et efficacement.
Merci
Un grand merci à Vincent Busquet pour ce test approfondi et son regard de testeur expérimenté. Vincent est à la tête d’Alpyr, distributeur voile et accessoires parapente pour les pros.
